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mardi 28 juin 2016

Un bestseller inattendu


Certains événements donnent une seconde vie à des ouvrages oubliés. On se souvient que les tragiques attentats du 13 novembre ont remis au goût du jour le Paris est une fête d'Ernest Hemingway. L’actualité politique récente au Royaume-Uni vient de faire exploser les ventes d'un roman qui n'avait pourtant pas ému le public lors de sa parution en 2007. A l’approche de l’été, Gallimard, Folio et Flammarion s'arrachent les droits de ce livre méconnu hier, aujourd’hui sur toutes les lèvres, et qui sera à n’en pas douter le compagnon des sacs de plages cet été.

Marc Levy, David Foenkinos et Guillaume Musso regardent avec fébrilité leurs ventes dégringoler à mesure que l'ouvrage rival gravit les échelons. Prix du livre Inter, Prix Femina et Prix Medicis, il emporte tout sur son passage. Emmanuel Carrère tente de résister en travaillant dans l’urgence une suite pour son Limonov. Espérant créer le buzz et enrayer l’ascension, Michel Houellebecq s'est lancé dans l'écriture de Sodomie, une dystopie sur la France de 2035.

Les journaux télévisés ne parlent plus que de cet ouvrage hier réservé aux spécialistes, et qui est aujourd'hui connu et commenté par tous. Traité de Lisbonne, ouvrage collectif, met d'accord la critique dans toute sa diversité, des pages littéraires du Figaro Madame au Masque et la Plume.

Bref florilège de commentaires recueillis au Salon du livre européen des 28 et 29 juin qui s’est ouvert hier à Bruxelles :

« Renversant, surtout le chapitre 50… »
David, Londres, jeune retraité.

« Je n'arrive pas à croire qu'il était dans ma bibliothèque et que je n'avais jamais pris la peine de l'ouvrir. »
Angela, physicienne, Hambourg.

« Amazon se trouvant dans mon quartier, je suis allé me fournir au stock directement. »
Jean-Claude, avocat fiscaliste, Luxembourg.

« Moi lecteur, j’ai adoré. Moi amant, je l’ai lu sur les conseils de ma copine. Elle est actrice. Vous savez ce qu’elle m’a dit ? Que moi cinéaste, je pourrais en faire une adaptation à l’écran. »
François, Président amateur, Tulles.


Enfin, signe que l’ouvrage fait mouche, il a aussi ses détracteurs, comme cet homme d’un âge avancé interrogé dans l’espace Détente du Salon.

« Ce torchon n’est qu’un indigne plagiat ! »
Valéry, obscur auteur de romans de gare, Chamalières.
Saga familiale émouvante, Lisbonne est le récit extraordinaire d'une Union libre prête à braver les appartenances claniques et le poids de l'Histoire, qui se déchire sous le poids des petits tracas du quotidien.

Disponible en vingt-trois langues dans toutes les bonnes librairies de l’Europe à 27.



Les Grecques
Collectif de bas-fonctionnaires

jeudi 23 juin 2016

Brexit


« L'Angleterre, en effet, est insulaire. Elle est maritime. Elle est liée par ses échanges, ses marchés, ses ravitaillements aux pays les plus divers, et souvent les plus lointains. (...) Elle a dans tout son travail des habitudes et des traditions très marquées, très originales. Bref, la nature, la structure qui sont propres à l'Angleterre diffèrent profondément de celle des continentaux. »
Charles, 14 janvier 1963.


Les Grecques
Collectif de bas-fonctionnaires européens arrimés au radeau de La Méduse.

lundi 20 juin 2016

Brexit, au vent mauvais


Un peu de poésie dans ce monde de brutes.




Après s'être repu, de marchés, de services,
L'Anglais, de l'Union, déplorait les maints vices.
De l’élargissement jadis le champion,
Faisait de Polonais une indigestion.

Un rougeaud constipé était Premier Ministre ;
Ses boyaux torturés préparaient un sinistre.
À son peuple il offrit, soulageant son rectum
– Smecta démocratique – un gros referendum.

Valeurs et principes partis par le transit,
La bataille s'engagea autour du Brexit.
Migrants et eurocrates étaient tous voleurs,
« Il faut les expulser ! » – C’en était venu l'heure.

Arguments de raison ? Non ! Flatuosités,
Éructations sur la souveraineté...
Point de mots assez durs pour les gens de Bruxelles :
« Nous n'avons nul besoin qu'ils détaillent nos selles ! »

Ainsi ce vingt-trois juin menace le grand « prout »
De l’UE, les Anglais, pourraient bien être OUT.
Ils en sont complices, les partisans du IN,
Pour qui l'Europe n'est que brûlure intestine.

Mes amis ! la morale au pays de Guillaume
Est qu’il va des vesses comme de ce Royaume,
– Comment peut-on le dire de manière accorte ? –
À un moment, hélas, il faut bien que ça sorte.


Les Grecques
Collectif de bien bas fonctionnaires européens.

mardi 14 juin 2016

Mon premier Eurogroupe


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Dans le désordre : une girafe, deux lions, un zèbre et un pangolin.



La jeune République de Lestonie a un nouveau Ministre des finances : Ebe Këskyispaës. Membre du parti du centre-centre, Ebe Këskyispaës est entré soudainement au gouvernement lestonien à la suite d’un forfait sur blessure d’un membre de l’équipe. Vingt-quatre heures après son entrée en fonction, il est jeté dans le grand bain européen et s’envole pour Bruxelles. Objet: assister à sa première réunion des Ministres des finances de la zone euro. Récit de cette plongée au coeur du pouvoir européen.


13h24 - entrée VIP du Conseil européen, descente de voiture


Le cœur serré et les mains moites je fais mon entrée sur la scène européenne. Un long et majestueux tapis bleu me tend les bras. Tapis foulé par tant de femmes et d’hommes d’Etat ayant façonné le continent. Aujourd’hui, moi Ebe Këskyispaës, je mets mes pas dans les leurs pour écrire une partie de l’Histoire du continent.


Le défi est de taille. C’est à Bruxelles, aujourd'hui, que mes homologues et moi-même, grands argentiers de l’Europe, allons discuter d'un nouveau plan de sauvetage pour la Grèce. Mais la Grèce n’est qu’un détail. Car au fond, de ce Sommet dépend d’abord et avant l’avenir de notre monnaie commune : l'euro.


Une force irrésistible m’attire vers la collection de drapeaux fixée à l’entrée du Conseil. Conscient de la gravité de cet instant, j’en profite donc pour faire un selfie et le poster sur mon compte Twitter. Alors que je fixe mon smartphone pour accueillir les premiers retweets de ce tweet historique, un homme tout de noir vêtu me pose une main fraternelle sur l’épaule. Sans doute un officiel missionné pour me conduire jusqu’à la grande salle du Conseil, où mes homologues m’attendent pour démarrer les travaux.


“Badge?
- Sorry ?
- Vot’ badge?
- Well, eh…
- Laissez tomber… (soupir)... Vot’ nom ? YOUR NAME?
- Eh, Ebe Këskyispaës.
- Qu’est-ce que quoi ? Say zat again?
- Këskyispaës.
- Alors, voyons voir.... 
(L'agent de sécurité balaie sa liste des yeux. Il poursuit dans un anglais avec accente belge prononcé.)
- Qu ‘est-ce-qui-se-passe, qu’eest-ce-qui-se-paasse, qu’eeest-ce-qui-se-paaasse... Ben non fieux, z’êtes pas dans mes listes. C’est Eurogroupe qu’y a aujourd’hui, z’êtes sûr que vot’ pays c’est dans l’euro ? Seriez pas l’premier à vous tromper, vous savez.
- Euh… il doit y avoir méprise... je suis le nouveau ministre des finances lestonien, j’ai été nommé hier...il est possible que...
- Ah non, hein ! Le coup du nouveau ministre de Lithuvaquie ou de Slovanie c’est bon! Les journalistes de Politico me l’ont faite la semaine dernière. Allez hop, comme tout le monde, à l’accréditation, zou !”


13h29 - Centre d’accréditation des visiteurs


Le représentant permanent de la Lestonie à Bruxelles, l’ambassadeur Toom Töm, d’habitude plutôt fortiche en orientation, me récupère au centre d’accréditation et se confond en excuses.


“Je suis navré Monsieur le Ministre Këskyispaës... votre lettre de nomination nous est parvenue par fax seulement hier soir... ce sont les stagiaires qui s’occupent des fax... vous savez les stagiaires… la nôtre est russophone en plus… et puis ce satané Eurogroupe d’urgence… la préparation des fiches sur le surplus primaire du budget grec… vous avez reçu les fiches sur le surplus primaire grec hein monsieur le Ministre ?
- Le…?
- Le surplus primaire grec, vous savez, le…
- Oui, le surplus primaire grec. Oui, bien sûr.
- Et vous l’avez reçu ?
- Reçu quoi ?
- La fiche. Sur le surplus primaire grec.
- Ah ! Oui, bien sûr. Et mon badge, vous avez mon badge ? Je vais bien avoir besoin d’un badge, si je dois traverser les couloirs, non ?
- Tout de suite Monsieur le Ministre. Suivez-moi je vous prie, la salle du Conseil est au 5ème étage.”


Cet ancien du KGB croit m’effrayer, avec ses questions absurdes. Mais il ne m’aura pas cette fois. Pour écouter aux portes, il y a du monde,  mais quand il s’agit de sauver l’Euro, il n’y a plus personne. Je suis Ministre moi, pas agent comptable.


14h14 - Toilettes du 5ème étage du Conseil


Avant de faire mon entrée sur la scène européenne, je décide de m’isoler pour travailler des power positions glanées sur internet afin d’améliorer mon body langage.
(Face à la glace) Les mains sur les hanches comme Christine Lagarde du FMI. Tac. Autorité, confiance, assertivité. Parfait !
Les mains jointes comme Angela Merkel. Tac. Contrôle, sécurité. Génial !
La pose de l’éclair d’Usain Bolt le coureur jamaïcain. Tchack. Hum. En cas de victoire seulement, sinon hors de propos. Quelques exercices de respiration. Fiuouf, fiouf, fiuouf. Concentration.


“Ne pas louper son entrée, Ebe, ne pas louper son entrée”. Je tente de me remémorer les précieux conseils que les autres membres du gouvernement m’ont prodigués avant mon départ de Tallnus. A commencer par le Ministre des affaires étrangères, Âla Takk, quinze ans en poste, le genre de mec chevroné qu’il est bon d’écouter.


«  Ah, Këskyispaës, tu vas voir, Bruxelles c’est… comment dire... Ecoute, c’est simple: tu dois garder l'œil ouvert, être sur le qui-vive, te placer, constamment, occuper le terrain, être au centre de l’attention, quoi. Bruxelles c’est un jeu de go! Voilà, un jeu de go ! Tu connais le jeu de go?"
- Pas vraiment. Se placer? Tu veux dire, comme au “Twister”?
- Non t’y es pas.  Comment te dire, Bruxelles c'est… Ecoute, à Bruxelles il faut penser trois, quatre coups à l’avance ! Tendre des pièges, pousser les autres à la faute. Comme aux échecs. Voilà, comme aux échecs ! Tu as déjà joué aux échecs ?
- Une fois. Je suis plus à l’aise au Puissance 4.
- Ok. Bruxelles c’est… Ecoute, à Bruxelles le temps est ton ennemi et à la fois ta plus grande ressource. T’as compris ?
- Oui, comme dans “Time’s up ” en fait ?
- (Soupir) Bon, écoute, Bruxelles, c’est comme une jungle. Tu vois ce que c’est, une jungle? Bon. Bah imagine une jungle avec sa faune. Il y a les éléphants : anciens, les poids lourds, aussi vieux que l’institution. Il y a les lions : rebelles, égoïstes, sans pitié ; et puis il y a les girafes, qui voient au-dessus de la mêlée, qui ont le sens du compromis, de l'intérêt général.
- Et nous sommes les lions ? Jeunes, fougeux, prêts à renverser la table ?
- Non. Nous, nous sommes les phasmes.
- Les phasmes ?
- Oui, les phasme-feuilles, ceux qui se fondent dans le décor. Pour l’instant on essaie de ne pas se faire remarquer, de se faire accepter par les grands fauves, mais notre heure viendra. En attendant, on grignotte notre petit bout de feuille tranquillement sans se faire bouffer par les autres. Attention, avant que j’arrive au Ministère des affaires étrangères on n’était même pas phasme. Rien, nada. Il m’a fallu du temps pour construire notre statut tu sais. On ne naît pas phasme, on le devient. »


J'avoue ne pas avoir bien dormi ce soir là. J'avais passé une bonne partie de la nuit à surfer sur Wikipédia pour en savoir plus. Phasme-bâton, phasme-feuille, phasme-épineux: quelle stratégie allais-je devoir adopter pour mon premier conseil ?


TOC TOC TOC ! (L’ambassadeur Toom Töm frappe à la porte.)
- “Monsieur Këskyispaës, l’Eurogroupe va commencer. Tout va bien ?
- Oui, oui, voilà. J’arrive.
- Par ici Monsieur le Ministre.
- Merci.
- Vous avez bien en tête la dernière page du briefing sur le surplus primaire de la Grèce, Ministre Këskyispaës ? 
- Le ? Ah oui, bien sûr. Le surplus primaire.
- Parfait ! C’est très important. Nous avons promis aux Allemands et aux pays du Nord d’être intransigeants. La France et l’Italie essayent de manœuvrer pour gagner du temps sur le calendrier des réformes. Dans la bagarre entre « colombes » et « faucons », nous sommes évidemment du côté des faucons..
(L’ambassadeur pousse la porte de la Salle du Conseil.)
- Le phasme-faucon ? Mais... c’est à dire… j’ai travaillé une stratégie de phasme-feuille moi !
- Je vous demande pardon Monsieur le Ministre ?”

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Figure 1 : Attentif, le ministre Âla Takk prend part au Conseil Affaires générales du 29 février 2016.

Les Grecques

Collectif de bas-fonctionnaires européens

lundi 6 juin 2016

Bulle du Seigneur


Satisfait du délicieux déjeuner qu'il venait de faire à la Maison du Luxembourg, il allait à grands pas importants. Arrivé devant le Berlaymont, il le savoura. Levant la tête et aspirant fort par les narines, il en aima la puissance et les traitements. Un officiel, il était un officiel, nom d'un chien, et il travaillait dans un bâtiment immense, imposant, climatisé, mon cher, tout le confort ! Et pas d'impôts à payer, murmura-t-il en se dirigeant vers la porte d'entrée.

Ennobli de sociale importance, il répondit au salut de l'huissier par un hochement protecteur et s'engagea dans le long couloir, humant la chère odeur des moquettes nettoyées la nuit et saluant avec déférence tout supérieur rencontré. Entré dans l'ascenseur, il se contempla dans la glace. Fonctionnaire européen, confia-t-il à son image, et il sourit.

Aussitôt entré dans son bureau, son premier regard fut, comme toujours, pour sa boîte courriel.

Il s'assit et examina aussitôt les nouveaux dossiers, l'un après l'autre. Si le travail subséquent sur un dossier lui était douloureux, la première prise de contact lui en était agréable. L'arrivée de nouveaux dossiers, aussitôt feuilletés avec avidité était un événement piquant, une distraction, une diversion.

Il s'empara d'un dossier sans en regarder le titre, l'ouvrit. Pas de veine, c'était le dossier OGM, un dossier antipathique. Barrage mental pour le moment. À reprendre tout à l'heure. Il le referma, se leva et alla faire un brin de causette chez son collègue du bureau d'en face avec qui il échangea de prudentes médisances sur un autre, récemment promu grade 14. Tout de même, 13.216€ par mois, songeât-il, rêveur.

De retour quelques minutes plus tard, il rouvrit le dossier OGM, se frotta les mains, prit une provision d'air. Allons, au travail ! Il salua la solennelle décision en déclamant les vers de Lamartine:

Ô travail, sainte loi du monde, Ton mystère va s'accomplir,
Pour rendre la glèbe féconde, De sueur il faut l'amollir.

Lutteur se préparant au combat, il retroussa ses manches, se pencha sur le dossier OGM, le referma. Non, décidément, il n'avait pas d'atomes crochus avec ce dossier.

Le second dossier, pris au hasard, se trouva être la consultation publique sur le Traité de libre-échange avec les États-Unis dit TTIP, déjà feuilleté la veille. Toujours à se plaindre de nos initiatives, les citoyens ! Mince de culot, vraiment ! Il y avait tout de même une différence d'importance entre leurs petits tracas du quotidien et l'avènement d'un monde multilatéral et interdépendant ! Les faire attendre un mois ou deux, ça leur apprendrait. Ou même ne pas leur répondre du tout ! Aucun danger, c'était des courriers de citoyens isolés, pas des ONG, celles-là ne lâchent jamais, frissonna-t-il. Allez, hop, au cimetière l'avis du peuple ! Il lança le maigre dossier dans le dernier tiroir de gauche, réservé aux travaux qui pouvaient être oubliés sans risque.

Il s'étira en gémissant, sourit à la montre-bracelet achetée le mois dernier mais toujours nouvelle à son cœur. Il l'examina à l'endroit et à l'envers, en frotta le verre, l'aima d'être parfaitement étanche.

Languissant et tristement rêveur, la tête affalée de côté sur la table, les yeux blancs, il ouvrit et referma à plusieurs reprises le dossier OGM, dossier ennemi. Bon, d'accord, on allait s'y mettre tout de suite. Tout de suite, bâilla-t-il.

Mais auparavant un coup d'œil sur les journaux, juste pour se tenir au courant. Référendum au Pays-Bas, rejet du projet d'accord avec l'Ukraine. La victoire du Non. Incroyable. Les néerlandais étaient pourtant des gens formidables, un peuple ouvert et commerçant. Les néerlandais, reprit-il, membres fondateurs, se vautrer comme ça dans le populisme. Tut, tut, tut. Enfin, nous avancerons sans eux soupira-t-il.

Il se replongea sur le dossier OGM, contemplant les remarques de son supérieur sur le mail imprimé et joint au dossier. "Faire preuve d'autorité envers les États membres mais aussi de souplesse. Trouver une formule ferme mais élastique, adéquate. Enfin trouver les mots justes."

Il s'était une fois étonné du manque de pugnacité de son institution envers les États membres. N'était-elle, après tout, garante de l'intérêt général de tout un continent? "Ah, que voulez-vous?" lui avait répondu son directeur, "on ne peut quand même pas froisser un gouvernement. C'est très susceptible, les gouvernements. Et puis quoi, ils alimentent notre budget."

Il reposa son smartphone sur lequel il avait consulté son calendrier de la semaine, bâilla. Mardi aujourd'hui, jour lugubre, jour sans espoir. Encore deux jours et demi à tirer. Pour se consoler, il considéra à nouveau sa montre-bracelet.

***


Belle du Seigneur est un roman d'Albert Cohen paru en 1968 et ayant pour décor une organisation internationale créée au lendemain d'une guerre mondiale afin de garantir la paix et d'éviter le retour des nationalismes agressifs. Jean Monnet joua un rôle clef dans ses premières années. Louable entreprise, elle dépérit progressivement en raison de l'égoïsme de ses États membres, du manque d'ambition de ses dirigeants, du peu de courage de son administration et du désengagement des États-Unis dans les affaires du monde. Elle ne sut endiguer l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite en Europe à la suite d'une crise financière ravageuse pour les populations. Cette institution, c'était bien sûr la Société des Nations : toute ressemblance avec une autre organisation serait purement fortuite. (Quelques fautes de frappe ont pu se glisser malencontreusement dans cet extrait de Belle du Seigneur que nous vous proposons.)


Les Grecques
Collectif de bas-fonctionnaires européens, vivant à l'abris des institutions européennes.