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mardi 30 août 2016

Caius Macron Coriolan


Caius Marcius Coriolanus était un patricien, issu de la jeunesse la plus dorée et la plus douée de la Rome antique. La vie de ce talentueux romain inspira une pièce à Shakespeare, une ouverture symphonique à Ludwig van Beethoven et un film d’action éponyme à Ralph Fiennes (le type qui joue Lord Voldemort dans Harry Potter). La légende veut que la déesse Fortune en fût tombée amoureuse et que la prospérité le suivait comme un page. Toutes ses entreprises étaient couronnées de succès. Toutes, sauf une. Nous vous proposons de vous replonger dans les Vies parallèles de Plutarque, l’historien antique qui le premier fit le récit de cette destinée contrariée, en vous offrant une version (très) légèrement modifiée de la belle traduction de Ricard et Talbot.


Caius Macron Coriolan, dont j'écris la vie, fit voir que si l'état de ministre populaire d’un gouvernement impopulaire expose à bien des inconvénients, il n'empêche pas de devenir un grand homme, et de s'élever au-dessus des autres.

La force du caractère de Macron Coriolan, sa fermeté inébranlable dans ce qu'il avait une fois résolu, lui donnèrent cette ardeur impétueuse qui lui faisait souvent exécuter les plus grandes choses. Mais sa franchise implacable et son inflexible opiniâtreté, le rendaient peu propre au commerce des hommes. Si l'on admirait sa persévérance dans les travaux, ses multiples talents, on ne pouvait, dans les rapports de la vie civile, souffrir son humeur sauvage, son franc-parler, ses dérapages et ses manières hautaines.

A peine entré au gouvernement de Rome, cet ancien usurier d’affaire fut la cible de maints traits. Mais si les lueurs passagères d'une réputation prématurée suffisent pour éteindre le désir de la gloire dans le cœur des jeunes gens médiocrement passionnés pour elle, ce n’était pas son cas. Poussé comme par un vent rapide aux plus hautes destinées, il aurait eu honte de trahir sa gloire, en ne la surpassant pas par de plus grands exploits. Macron Coriolan, plein de ces sentiments, ajouta sans cesse à ses belles actions des actions plus belles encore. Il entreprit de réformer Rome et lança à cet effet une Grande Marche.

Peu de temps après, Macron Coriolan demanda le consulat ; et la plus grande partie du peuple était disposée à le lui accorder. On n'eût pu sans honte refuser un citoyen des plus distingués par sa noblesse et par sa vertu. Mais c'était l'usage à Rome que ceux qui aspiraient aux charges fassent acte de candidature et aillent sur la place solliciter le peuple, vêtus d'une simple toge ; soit que cet habillement parût plus assorti à leur état de suppliant, soit que ceux qui avaient reçu des blessures à l'armée voulussent montrer leurs cicatrices, comme des preuves sensibles de leur valeur.

Macron Coriolan exhiba plusieurs des déchirures qu'il avait reçues dans divers combats avec la Confédération Gauloise du Travail et l'on se donna parole, d'un commun accord, de le faire consul.

Le jour de l'élection, Macron Coriolan se rendit sur la place dans un appareil magnifique, conduit par les Hauts fonctionnaires en corps, escorté de tous les banquiers, qui n'avaient jamais montré tant de zèle pour aucun autre candidat. Cette faveur des 1% changea tout à coup en sentiments de haine et d'envie la bienveillance du peuple qui se rassembla en tumulte et entra dans une telle fureur que peu s'en fallut qu'il ne courût se jeter sur le sénat tout entier. Macron Coriolan tenta d’expliquer que le meilleur moyen de se payer une belle tunique était encore de travailler, mais rien n’y fit.

Après ces événements, Macron Coriolan fut écarté et condamné à l’exil. Cette sanction affligea vivement Mercure, dieu des média et du commerce, dont il était le favori. Macron Coriolan pour sa part ne put supporter tranquillement cette injure. Il n'avait pas cet heureux mélange de gravité, de douceur et de raison si nécessaire à la vertu politique. Il ignorait que le défaut dont doit le plus se garantir celui qui gouverne et qui traite avec les hommes, c'est l'opiniâtreté, compagne ordinaire de la solitude, suivant Platon ; et qu'il doit surtout pratiquer la patience, malgré le ridicule que certaines gens attachent à cette vertu.

Doué d'un caractère franc et ouvert, mais brillant et inflexible, il croyait que c'était l'apanage de la force et de l’intelligence que d'avoir le dessus en tout. Sa mésaventure électorale remplit son cœur de ressentiment contre le peuple de Rome dont il jura de se venger.


Gaius Marcius Coriolanus se mit En Marche vers Rome à la tête de légions barbares mais fut tué par ces mêmes hordes. Rappelons-nous donc, avec Plutarque, qu’au 21ème siècle la Roche Tarpéienne est toujours aussi proche de la Capitale.


Les Grecques
Collectif de bas-fonctionnaires européens