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mercredi 22 février 2017

Episode 13 – Seven

Précédemment dans Le Nom de l'alose : La session plénière du Parlement européen a été le théâtre d'un second crime. Après Sandrine Dufleur, eurodéputée verte française, c'est au tour du conservatuer allemand Helmut Crok de trouver la mort dans des circonstances étranges.

Vous avez manqué le début ?
Episode 1 : L’Assemblée du crime
Episode 2 :
Actio personalis
Episode 3 : La Ruche
Episode 4 - Chômage technique
Episode 5 - Moi, Président du Parlement
Episode 6 - Homo electus
Episode 7 - Zeitgeist
Episode 8 - Thalys qualis
Episode 9 - La Plénière s'amuse

Episode 10 - Parole, parole, parole
Episode 11 - In the shadows

Episode 12 - In Memoriam
Episode 13 – SE7EN

Une fois par mois environ, le travail parlementaire à Bruxelles cessait pour la semaine dite « verte ». Comme ils se plaisaient à le dire, nos députés se rendaient alors « sur le terrain », pour faire la tournée des maisons de retraite, des fêtes patronales et des soirées-débats de leur circonscription. Pendant qu’ils étaient occupés à labourer la sociologie électorale locale dans l’espoir d’une belle moisson quand viendrait la saison électorale, nous, assistants et conseillers, nous restions à Bruxelles dans ce bâtiment qui, soudain, paraissait bien trop grand. Le Parlement, d’ordinaire possédé par une frénésie de réunions, d’interviews, de conférences, de réceptions, semblait un navire abandonné par ses officiers, dérivant sans but dans les eaux bruxelloises.
 
D’ordinaire, nous étions occupés à des tâches petites et grandes qui remplissaient chacune de nos journées sans coup férir. Mais quand venait le calme de la semaine verte, le personnel parlementaire se mettait à penser, et refaisait le monde lors de pauses déjeuner plus longues qu’à l’ordinaire. En ce bel après-midi de juillet, Quatreville, Mina et moi déjeunions dans l’une des meilleures cantines du quartier européen : celle du Comité des Régions, institution dont c’était l’un des seuls atouts. Mais les rayons de soleil qui illuminaient la terrasse du réfectoire ne semblaient pas suffire à mettre Quatreville de bonne humeur. Il maugréait : « Je me demande bien combien de temps je vais encore supporter de chroniquer le naufrage de l’Europe. Dans les années 1990, quand je suis arrivé à Bruxelles, l’Europe c’était l’avenir, c’était le rêve, c’était l’espoir. Maintenant, l’Europe est une mère fouettarde acariâtre que personne ne prend plus au sérieux. Au fond, on est passé du Projet de paix perpétuelle à Surveiller et punir.

mercredi 15 février 2017

Episode 12 – In Memoriam

Précédemment dans Le Nom de l'alose : Toute l'eurocratie est à Strasbourg pour la session plénière du Parlement européen. Helmut Crok, le député ayant repris le dossier « directive Habitats » après le décès de Sandrine Dufleur, a lui aussi trouvé la mort dans des circonstances étranges : il a péri lors d'un petit déjeuner du très confidentiel intergroupe Mittelstand, en s'étouffant avec un bretzel.

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Episode 1 : L’Assemblée du crime
Episode 2 :
Actio personalis
Episode 3 : La Ruche
Episode 4 - Chômage technique
Episode 5 - Moi, Président du Parlement
Episode 6 - Homo electus
Episode 7 - Zeitgeist
Episode 8 - Thalys qualis
Episode 9 - La Plénière s'amuse

Episode 10 - Parole, parole, parole
Episode 11 - In the shadows
Episode 12 – In Memoriam
 
La tension était à son comble. Par deux fois en l’espace de trois mois le Parlement était endeuillé. Si la mort de Sandrine avait attristé la Bulle, celle d’Helmut Crok la terrorisa. Dans l’hémicycle où les députés étaient réunis quelques heures après le drame, l’ambiance était électrique. Juste avant la traditionnelle séance de vote de midi, après la minute de silence, le conservateur anglais Ashley Snake, chef de file du groupe de pression Single Seat qui demandait l’instauration d’un siège unique pour le Parlement européen, tenta de démontrer à l’aide de circonvolutions intellectuellement impressionnantes que la catastrophe n’aurait pas eu lieu si les députés n’avaient pas été à Strasbourg, mais à Bruxelles ce jour-là, puisqu’on ne consommait pas de bretzel à Bruxelles.
 

mercredi 8 février 2017

Professeur Schinus


 
Cette semaine, nous marquons une pause dans notre feuilleton Le Nom de l'Alose pour vous proposer un billet en forme d'hommage. Un hommage à nos collègues marabouts et porteurs de parole de la Commission, qui pratiquent un art ô combien difficile. Ils ne transforment pas le plomb en or, mais les dossiers « chauds » en dossiers « chiants ». Ils pratiquent le spin-vaudou et la petite pique comme personne. Résultat garanti — c'est en tout cas ce qu'affirme ce flyer que nous avons trouvé dans notre boite aux lettres.

Les Grecques
Bas-fonctionnaires
européens
 
 
 

mercredi 1 février 2017

Episode 11 – In the Shadows

Précédemment dans Le Nom de l'alose : Toute l'eurocratie est à Strasbourg pour la session plénière du Parlement européen. Sous l'impulsion du nouveau rapporteur, Helmut Crok, l'idée d'utiliser l'annexe de la directive Habitats pour créer une force navale européenne s'impose.

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Episode 1 : L’Assemblée du crime
Episode 2 :
Actio personalis
Episode 3 : La Ruche
Episode 4 - Chômage technique
Episode 5 - Moi, Président du Parlement
Episode 6 - Homo electus
Episode 7 - Zeitgeist
Episode 8 - Thalys qualis
Episode 9 - La Plénière s'amuse

Episode 10 - Parole, parole, parole
 
Episode 11 – In the Shadows
 
Dans les brumes du petit matin alsacien, j’approchai du Parlement européen. Un léger halo blanc l’entourait encore. Il était cruellement tôt – 7 h 55 – et la fraîcheur matinale n’était pas parvenue à me réveiller tout à fait. En moi remontaient les saillies européennes de Mina et Quatreville ainsi que des relents de marc de Gewurtz. Et j’avais toujours devant les yeux, comme un voile invisible, le visage de Julie qui ne me quittait plus.
 
Le Parlement européen à Strasbourg habitait un édifice étrange. Bâti sur le modèle de la tour de Babel, il s’était agrégé à la fin des années 1990 aux bâtiments existants du Conseil de l’Europe, institution distincte de l’Union européenne, mais dont le nom prêtait à confusion. Construit au bord de la rivière Ill, le siège du Parlement donnait l’impression d’une forteresse protégée par ses douves. L’intérieur de cette termitière parlementaire était plus troublant encore. Véritable dédale, les 200 000 m2 de couloirs et de bureaux étaient à l’image des chemins que l’Europe empruntait pour arriver à destination : sinueux, étroits et incertains.