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mercredi 26 avril 2017

Episode 17 — Le Trilogue des Bermudes

Précédemment dans Le Nom de l'alose : Trois assassinats ont frappé le Parlement européen. Malgré tout, « Show must go on » : le processus d'adoption de la directive Habitats continue.
 
Episode 17 – Le Trilogue des Bermudes
 

Le Parlement était une usine d’une redoutable complexité, mais dont la logique fondamentale était étonnamment simple : il produisait des textes. Sur ses chaînes de montage arrivaient de la Commission les propositions de textes les plus variées, qui étaient travaillées des mois durant en commission parlementaire : réunions, séminaires, auditions, études d’impact, missions sur le terrain, dépôts d’amendements. Chacun exprimait sa position, puis des équilibres politiques fins étaient élaborés. L’imagination politique était progressivement atténuée par l’établissement de contours juridiques et empiriques à l’expression démocratique de la volonté du peuple. Les groupes de pression, les ONG et autres partenaires sociaux étaient entendus. Venait ensuite l’étape des compromis entre les groupes politiques, toujours laborieux, souvent douloureux. Arrivait alors le temps du vote, qui était aussi un grand moment d’autocongratulation et de satisfaction devant le travail accompli.
 
Mais, pour les textes dits législatifs, ce n’était que le début. Au grand dam des plus jacobins, il fallait bien que le Parlement se confrontât à la réalité extérieure, représentée par les États membres réunis au sein du Conseil. Car, en effet, pendant que le Parlement avait fignolé son texte jusqu’à la dernière virgule en tenant compte des desiderata des divers groupes politiques, le Conseil avait adopté sa propre position, au barycentre du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest, tenant compte des petits et grands pays et des avis de leurs nombreux experts.
 

mercredi 19 avril 2017

Sh'U.E.razade et le Sultan

La Turquie, en votant « oui » dans un référendum dimanche, s'est clairement mise au ban des nations européennes, en montrant qu'elle ne partageait pas une valeur européenne essentielle : nous, nous votons toujours non, nee, no, nei, oxi, nej. A cette occasion, nous vous proposons quelques hendécasyllabes, mettant nos pas dans ceux de Dante (« Mi ritrovai per una selva oscura »), de Rimbaud (« L'eau des bois se perdait sur les sables vierges ») et d'Eminem (« All they wanna hear is a beat and that's it »).
Sh'U.E.razade et le Sultan

Il est fort, il est grand
Il est le Sultan,
Des contrées Ottomanes :
Tayipp Erdogan.

Elle est belle, mais frêle
Sur les Dardanelles,
D’Europe la naïade :
Sh’U.E.razade.

C'est un' distraction :
Cette accession.
Chaque soir un chapitre,
Calme le bélître.

Mais voilà...

Coup d’État, coup d’éclat,
Plus d'État de droit
Visa oui, visa non,
Turquie oui ou non.

« Des fachos, des Nazi »
Pleuvent les lazzis.
Erdoğan est en rogne
Le voilà qui grogne.

L'Europe est bien pataude.
On blâme Jean-Claude.
C'est le bouc émissaire
De ces janissaires

Pour masquer l'aboulie
Et la pleutrerie
De tout les États membres
Quand le Turc se cambre.

Voyez-vous mes amis,
La grande Turquie
Ne fait rien comme nous,
Ignore nos tabous.

Chez nous, foin du valium !
Les referendums
Sont tous des casses-pipe
Question de principe.

Les Grecques
Bas-fonctionnaires européens

mercredi 12 avril 2017

Episode 16 — In Euro Veritas


Précédemment dans Le Nom de l'alose : Par deux fois, le crime a frappé au Parlement européen. Après Sandrine Dufleur, eurodéputée verte française, c'est au tour du conservateur allemand Helmut Crok de trouver la mort dans des circonstances étranges. Mina, Adrien et Quatreville croient déceler le plan maléfique d'un tueur en série punissant les députés s'étant vautrés dans les sept péchés capitaux. De son côté, Adrien a trouvé l'amour... dans les rangs de l'extrême-droite. Le doute le ronge.
Episode 16 – In Euro Veritas
 

Mes affaires de cœur continuaient de me remplir de doutes, en dépit du soutien moral de Mina. Elle m’avait convaincu de reprendre contact avec Julie, mon amour interdit, mais j’étais encore travaillé par le remords. Je décidai donc qu’un bon remontant était de mise. Par bonheur, il n’était pas rare qu’à toute heure du jour, les couloirs du Parlement se changeassent en grande salle polyvalente où les députés avaient tout loisir d’organiser de petites réceptions autour des sujets les plus divers, depuis l’ennuyeux (« Engagements et paiements dans la rubrique 1 b ») jusqu’à l’incongru (« Danses traditionnelles de la Haute-Transylvanie orientale »). Ainsi, sous prétexte de s’intéresser à la Politique agricole commune, il était possible de se faire inviter à de copieux apéritifs organisés avec des céréaliers. Si les longs discours sur le glorieux passé de l’Europe et son improbable avenir ne coupaient pas l’appétit, l’on pouvait s’inviter aux déjeuners des fédéralistes européens. Oh, ce n’était pas les fêtes de la Cour de Louis XIV, loin de là. Le vin venait souvent dans des gobelets en plastique et jamais on n’eût servi autre chose que du surimi et des chips. Mais enfin, pour les pique-assiettes peu regardants, le Parlement européen était un paradis terrestre. En cette fin d’après-midi, cependant, c’était un événement nettement au-dessus du lot qui me tendait les bras. L’intergroupe « Vins et spiritueux », dont la Luxembourgeoise Ingrid Ledrink était présidente, offrait l’une de ses dégustations très courues.

mercredi 5 avril 2017

S'il vous plaît... drafte-moi une directive !

L'astronaute Thomas Pesquet a lancé un concours d’écriture autour de l’œuvre de Saint Exupéry. Le défi ? Imaginer l'arrivée du Petit Prince sur une huitième et dernière planète. Comme à Bruxelles, le hors-sol c'est notre rayon, les journalistes Céline Schoen et Jean Comte ont pris la plume en collaboration avec Les Grecques. Voilà la contribution que nous avons envoyée dans l’espace. Résultat du concours attendu demain.
S'il vous plaît... drafte-moi une directive !
 
La huitième planète était entièrement couverte de moquette grise. Il y avait un bureau indiquant un numéro de série, et sur le bureau on voyait un gros porte-document sur lequel était écrit : « Surveillance macrovulcanologique et trajectoires des baobabs. »

La planète n’était habitée que par un petit homme rougeaud occupé à taper énergiquement sur le clavier d’un ordinateur. Des feuilles de papier jaillissaient d’une grosse imprimante bruyante qui se trouvait à côté du bureau.
« Qui êtes-vous ? » lui demanda le Petit Prince.